Étape au Strapontin

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10 octobre / Vers le geste fictionnel

Sur le plateau, Yves et Abbi commencent leur séance de travail par un échauffement. Abbi se montre persévérant dans la répétition de ces exercices physiques pas évidents pour celui qui a davantage l’habitude de triturer les mots et la langue plutôt que ses muscles et ses ligaments.
Abbi contre le piano, tel un danseur, cherche la position parfaite de celui qui est incliné. Yves lui a proposé de raconter le début de l’histoire de Solsun, qui se déroule à New York, dans cette position signifiante. Il s’approche, reproduit le geste, pour mieux montrer à Abbi tout ce qui en jeu à ce moment-là : tout le corps doit basculer, il faut utiliser certains appuis pour éviter la douleur et pour être au plus juste de la position. Il faut que tu aies l’impression que ton corps constitue une ligne qui s’incline. Tu dois garder l’inclinaison de la ligne et pivoter autour comme autour d’un gond de porte. Enfin, pour une exécution juste, il faut rechercher la continuité dans la lenteur de ce mouvement. Que tu mettes le contrefort ou pas, cela te fera du vocabulaire supplémentaire.
Abbi est concrètement en contact avec le piano. Ce dernier est au centre de la chorégraphie, comme un partenaire de jeu ; il est à la fois élément de scénographie, décor et personnage aux facettes multiples, en fonction du passage de l’histoire.
Ce qui va donner la beauté, ce n’est pas l’amplitude du mouvement, l’exploit technique, mais cette continuité dans la lenteur. Tout est affaire d’intention et de rendu d’intention. Il faut que tu sois confort sur ton texte. Le corps doit toujours être au service du texte et ne doit pas non plus être redondant. Attentif, Yves corrige les gestes d’Abbi, expérimente, propose, élimine immédiatement ce qui semble anecdotique, dessine certaines des attitudes pour mieux mémoriser le travail effectué.
Ils passent à l’histoire de Pharaon : l’idée est de raconter une grande partie de l’histoire sur le piano. Pieds nus, Abbi marche, s’allonge, se relève. Une fois que tu as tout en tête, il faut "huiler" le passage d’une posture à une autre. Alors Abbi répète et répète encore les enchaînements de mouvements. Yves continue sa recherche d’équilibre entre les gestes "usuels", naturels, et les gestes "stylisés", fictionnels.
Enfin, ils essaient une série de postures au sol, un jeu de "portes corporelles". Les suggestions d’Yves sont essentiellement basées sur l’idée que le corps peut devenir une espace animé de portes. Une articulation est une sorte de gond ; donc, si un point d’articulation est immobilisé, les membres qui lui sont liés vont se mouvoir d’une façon innovante, créant un jeu de caché-montré. Appliquer au corps une contrainte artificielle permet une grande créativité de mouvements, l’apparition de nouvelles postures intéressantes pour le jeu corporel en lien avec les histoires.
Quand la journée s’achève, des lignes de vocabulaire corporel ont été notées, raturées, répétées, mémorisées. Elles s’ajoutent à la partition d’Abbi, encore en cours d’écriture...

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