
Edito Paroles d'un jour, par Abbi Patrix Les complices
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Étape au Strapontin
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11 octobre / Rencontre avec Muriel David, directrice du Strapontin
Le Strapontin, lieu d’accompagnement à la création...
Je suis la directrice du Strapontin depuis cinq ans, mais j’y travaille depuis l’ouverture il y a huit ans. Le Strapontin est, pour la deuxième saison, scène des arts de la parole. À ses débuts, c’était plutôt un lieu de diffusion pluridisciplinaire. Depuis, nous avons renforcé sa dimension de lieu d’accompagnement à la création. Il y a à peu près une dizaine de créations par an : cela va du simple prêt de plateau à la coproduction. Il y a une vie artistique assez intense car neuf mois sur douze, le plateau est occupé pour que les artistes puissent travailler. C’est devenu un axe fort du Strapontin.
... et scène des arts de la parole
La notion d’arts de la parole peut paraître assez généraliste, on peut a priori tout y mettre. En fait, les arts de la parole incluent les formes artistiques qui posent la question de l’adresse au public et de la façon de raconter, essentiellement celles qui découlent du conte et du récit : certaines formes théâtrales, voire du théâtre d’objets, la chanson, la poésie, le slam. C’est ce qui fait la spécificité des spectacles que nous accueillons. En tout cas, ce sont souvent des petites formes. Il y a rarement dix comédiens sur le plateau. On ne l’exclut pas, mais il s’avère qu’il y a plutôt de un à trois comédiens maximum sur scène. On s’est également rendu compte que la musique avait une place de plus en plus importante dans les créations des arts de la parole : on voit de plus en plus de formes avec un narrateur - un comédien, un conteur - et un musicien.
La rencontre avec le travail d’Abbi Patrix
J’ai découvert Abbi Patrix avec Au bout du monde à l’Européen. À l’époque, le Strapontin n’était pas encore scène des arts de la parole mais je souhaitais accueillir cette proposition artistique dans le cadre d’une diffusion. Cela ne s’est pas fait, je ne sais plus pourquoi... Et puis nous nous sommes spécialisés "arts de la parole", et associés au festival Mythos, qui connaissait déjà Abbi. Abbi est présent dans le monde des arts de la parole depuis longtemps, il fait partie des noms importants de ce milieu et il était donc devenu naturel de travailler avec lui.
Ce qui m’a particulièrement plu ? Le rapport non seulement à la musique mais à la musicalité, donc le rapport physique aux instruments et aux sonorités, le travail sur le corps, la présence d’Abbi... Son écriture, qui dépasse les frontières, qui s’intéresse à d’autres traditions et qui s’éloigne de la tradition théâtrale. La notion de collectage très présente, très forte... Ça correspond à un type de propositions qu’on n’avait pas l’habitude d’accueillir et que je n’avais pas eu l’occasion de découvrir. Et puis j’ai eu l’opportunité d’aller à la Maison du Conte, de suivre le travail d’Abbi avec le Labo. Dans le cadre de notre spécificité "arts de la parole", il s’agit de s’intéresser à ceux qui racontent et qui ont fait un travail de fond important dans ce domaine. Donc quand la Compagnie du Cercle m’a proposé ce projet pour cette deuxième saison en tant que scène des arts de la parole, j’étais enthousiaste, d’autant plus que la thématique des portes m’a paru très forte, très intéressante, vraiment dans la continuité du travail d’Abbi. Et puis l’équipe artistique a montré un vrai intérêt pour rencontrer le public, ce qui nous tient très à coeur. On va d’ailleurs voir ce que ça donne ce soir avec la "Cabine d’essayage".
La Cabine d’essayage
Le projet des Cabines d’essayage est né d’une rencontre avec une compagnie de théâtre rennaise, le Théâtre du Vestiaire, qui développe un travail de fond sur l’implication du public dans les étapes de création. Bien sûr, cela n’a pas d’influence directe sur les choix artistiques mais la question de la place, du regard du spectateur, de la notion de point de vue, est au coeur de leur travail. La saison dernière, ils ont fait une résidence éclatée dans trois lieux du Morbihan. Au mois de mai, ils sont donc venus quinze jours en résidence au Strapontin... et ils ont voulu monter un "parcours de curieux". Chacun des lieux a composé un groupe de spectateurs "curieux" qui ont suivi de très près les résidences. Au Strapontin, ces spectateurs sont venus quatre fois en quinze jours ! La "Cabine d’essayage" est une émanation de ce projet. On souhaite désormais que pendant les résidences, les spectateurs "curieux" puissent venir plusieurs fois suivre l’évolution des créations. C’est le prolongement des répétitions publiques. Ainsi un rapport plus intime se crée. Le public peut sentir un peu ce que c’est de douter, chercher, recommencer... Sans parler de désacralisation, c’est l’occasion de porter un autre regard sur la création artistique. Et il faut conserver le plaisir, le côté magique de la découverte du spectacle "fini" : on ne doit pas être que dans la pédagogie et le didactisme. Certains spectateurs sont passionnées par le spectacle vivant et souhaitent aller plus loin mais ne se sentent pas à leur place sur scène. Par contre, partager avec le metteur en scène, l’auteur ou les comédiens sur le processus de création les intéresse vraiment. C’est donc une alternative aux ateliers de pratique artistique.
