Étape au Strapontin

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13 octobre / Au Cheltenham Literature Festival, par Sam Mary

Vendredi 13 octobre. Aéroport de Roissy. Je retrouve Abbi. Formalités. Portes. Portiques. Le douanier trouve les pianos à pouce ingénieux et nous sympathiques. Nous partons au bout du monde, des portes plein la tête.

Birmingham. Dans le taxi qui nous mène à la gare, "doors are locked when the vehicule is in motion"... Des caméras de surveillance. J’imagine un monde plein de boules de cristal ou de miroirs sans tain...

Dans le train, la porte des toilettes s’ouvre automatiquement, levant le rideau sur une vieille dame qui fait une chose pas très propre. Un monde sans portes ? Non, elle avait simplement oublié le loquet électronique.

Cheltenham Literature festival. Queen’s Hotel. La reine nous accueille. Dans l’ascenseur elle nous murmure un délicat "doors opening". Décidément...
Abbi est invité à présenter la version anglaise du spectacle Au bout du monde. L’interview parue dans le Times dix jours plus tôt n’est pas passée inaperçue. L’artiste est attendu en vedette américaine.

Notre hôtel impérial aux allures de maison blanche fait face au site principal du festival. Un grand parc, pelouse forcément impeccable, de grandes marquises blanches, draperies plissées, ambiance garden party. Les conférences de romanciers, essayistes, poètes s’enchaînent depuis déjà une semaine. L’événement accueille 70 000 personnes en dix jours.

Nous jouerons au Everyman Theatre. La façade de briques rouges et ferronerie noire cache bien la bonbonnière baroque qu’est la salle. Samedi la tension monte. Tout le monde attend Abbi qui n’en peut plus d’attendre et tourne en rond. Nous aurons exactement quarante minutes pour prendre possession du théâtre avant l’ouverture des portes. Ne pas confondre vitesse et précipitation, aller à l’essentiel, régler le son et la lumière, garder son flegme pour préserver Abbi. Les dés sont jetés. Dès le début du spectacle, j’ai la sensation d’avoir toujours entendu ces histoires en anglais. Abbi est en verve, le public répond, le garçon cherche sa chance, rien n’arrête le Cheval d’Asbon, le temps passe trop vite. C’est déjà fini.
Festival littéraire oblige, Abbi dédicace ses livres, reçoit mille compliments et un éternel fan bavard qui a surtout besoin de parler de lui.

Un peu hébétés nous avons la sensation d’avoir passé une audition. En France l’après spectacle peut parfois être pénible quand il faut subir d’interminables monologues sur les politiques culturelles ou les potins du microcosme artistique. Ce soir, les dix convives avec qui nous partageons la soirée, tous plus brillants les uns que les autres, n’ont rien à nous prouver. Belle soirée donc, simple et riche d’échanges sur l’identité, la transmission, le libéralisme, et le plaisir de manger.

Dernier breakfast sous les lustres. Un pianiste joue dans le hall de l’hôtel. Serait-ce un rappel à l’ordre ? Le travail nous appelle. Une histoire de piano. Nous passons la porte.

Sam Mary

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