Ouvrir sa porte au public ?

23 novembre 2006

Ce soir, nouveau chantier à La Maison du Conte : je vais raconter devant des assistantes maternelles de Chevilly-Larue. Certaines étaient déjà présentes il y a trois ans lors d’un précédent chantier pendant la création d’Au bout du monde. C’est drôle, je me souviens de leur avoir raconté une histoire de porte... Peut-être vais-je la raconter à nouveau ce soir...
Ces allers-retours entre le travail de création et ces moments de présentation sont difficiles. Je m’interroge sur cette démarche d’ouverture sur le travail de création. Y a-t-il un moment pour ouvrir la porte ? Un autre pour la fermer ? Quel rapport y a-t-il entre ce que je reçois et ce que je donne ?
Lors de toutes ces rencontres, j’ai toujours senti un intérêt incroyable des gens par rapport au thème des portes. Les portes éveillent à chaque fois des questions, réveillent à chaque fois des histoires. Et, en général, il y a autant de temps de discussion que de temps de présentation. Les débats sont souvent contradictoires. C’est particulièrement vrai lorsque le public aborde l’introduction d’éléments réels, de l’actualité dans les histoires que je raconte. Pour certains, c’est là l’essentiel : parler du monde d’aujourd’hui à travers ces histoires. Pour les autres, c’est un obstacle à la rêverie provoquée par le conte, ça les dérange. Ces soirées contribuent donc à trouver en partie le langage de l’équilibre entre ciel et terre, entre imaginaire et réalité. Je constate que certains ont besoin de s’évader dans le ciel, et uniquement dans le ciel, on sent alors chez eux un réel soulagement. Ce qui les ramène à la réalité est de l’ordre de la souffrance : cela en dit long sur l’état du monde.
Quand je repense à la soirée de contes à domicile à Paris, qui a eu lieu mardi dernier avec un public composé d’adultes sensibilisés au conte, me revient la densité d’écoute de ce public, qui participait presque physiquement. Les personnes présentes étaient touchées par le fait même que je partage avec elles une étape de mon travail. J’ai donc pris confiance... au point que je n’ai jamais autant raconté d’histoires personnelles. Et ces récits, à travers la qualité d’écoute de ceux qui les recevaient, ont alors pris une dimension universelle. Il y avait comme une vibration mythique.
Alors même si parfois c’est difficile, complexe...
En ce moment, je ne peux pas exprimer ce qui se passe à l’intérieur. Se déroule comme une cristallisation indicible. Je sens la fragilité de ce qui se construit et qui dépend également des réactions autour de moi, des gens. Tout cela est très intense et je ressens le besoin de prendre le temps d’y réfléchir...

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