
Edito Paroles d'un jour, par Abbi Patrix Les complices
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Les portes du château
23 octobre 2006
S’il y a bien une porte qui symbolise et matérialise le passage d’un monde à l’autre, c’est bien la porte de l’école, du collège, du lycée. Une porte fermée, sécurisée, gardiennée, devant laquelle il faut montrer patte blanche - vos papiers, SVP.
Cette porte ouvre sur un monde paradoxal de révélation et de souffrance, d’intelligence et d’incompréhension ; un monde où l’on apprend à trouver l’équilibre entre travail individuel et vie collective, entre discipline et liberté ; un monde où l’on fait l’apprentissage d’une première solitude.
Victor Hugo disait : "Ouvrir la porte d’une école, c’est fermer la porte d’une prison."
Dans le cadre de ma nouvelle création, je retourne au collège Liberté à Chevilly-Larue pour y rencontrer deux classes de 6ème. Les élèves, encore un peu enfants, déjà adolescents, sont à l’orée de quatre années dans ce monde qui va bouleverser leur vie. J’y suis très bien accueilli et j’attends avec impatience leurs histoires.
Une élève raconte : c’était une journée tout à fait banale, passé au collège avec ses camarades, ses professeurs. Elle rentre chez elle, et au moment où elle passe la porte : "Surprise !!!". Toute sa famille et ses amis réunis, là, devant elle : une surprise pour son anniversaire, pour ses dix ans. Elle a littéralement passé la porte de ses dix ans.
Nous avons dit des proverbes et j’ai raconté Martha et la Table des Borgnes.
Ils m’ont récité ce poème de Maurice Carême, L’artiste :
Il voulut peindre une rivière ;
Elle coula hors du tableau.
Il peignit une pie-grièche ;
Elle s’envola aussitôt.
Il dessina une dorade ;
D’un bond, elle brisa le cadre.
Il peignit ensuite une étoile ;
Elle mit le feu à la toile.
Alors, il peignit une porte
Au milieu même du tableau.
Elle s’ouvrit sur d’autres portes
Et il entra au château.
Et quand nous avons échangé sur ce qu’était ce château et que je leur ai dit que ces autres portes, selon moi, ouvraient sur mon imaginaire, sur mon intimité, sur mes rêves, j’ai vu leurs yeux s’écarquiller, m’interroger et, au fil de la conversation, je crois que nous nous sommes compris... Je crois que nous avons réussi à ouvrir quelques portes, dont, pourquoi pas, la porte de la philosophie...
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