
Edito Paroles d'un jour, par Abbi Patrix Les complices
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Étape à La Maison du Conte
6/8 rue Albert Thuret - 94550 Chevilly-Larue
tel : 01.49.08.08.85 - www.lamaisonduconte.com
24 novembre / Interview de Michel Jolivet, directeur du Centre culturel de Chevilly-Larue et co-directeur de La Maison du Conte
Je suis Michel Jolivet, directeur du Centre culturel de Chevilly-Larue, également fondateur et co-directeur de La Maison du Conte. Un directeur qui a, depuis de nombreuses années, une grande complicité avec les conteurs et qui tente de faire en sorte que l’art du conte trouve une place et se développe qualitativement dans le paysage artistique français.
Abbi Patrix, grand raconteur d’histoires
Je connais Abbi depuis une vingtaine d’années. Ce que j’aime particulièrement chez Abbi ? D’abord le raconteur d’histoires. Abbi est l’un des plus grands raconteurs d’histoires. Pour moi, c’est une immense qualité chez celui qui pratique l’art du conte, dans ce qui le distingue des autres pratiques littéraires orales. Abbi a une force, une puissance narrative et évocatrice, ainsi qu’un véritable talent d’improvisateur, qu’il n’utilise pas assez selon moi. Il sait également choisir l’histoire en fonction du contexte. L’histoire va être juste, en adéquation avec le lieu, le moment, tout en restant universelle. Il sait se mettre en communauté avec le public.
L’artiste Abbi Patrix a deux êtres en lui : celui qui le tire vers le théâtre, la recherche, et l’autre vers le conte. Parfois, il hésite entre les deux, il cherche sa voie, sa porte. Mais c’est ce qui fait de lui un chercheur, un aventurier, toujours en éveil, en action. Dans le monde des arts, il pourrait être une sorte de Peer Gynt, avec, dans sa parole, ce côté rusé, parfois épique, parfois drôle. Il y a une facette sombre chez Abbi. Je sens que la scène de théâtre est pour lui un endroit fort, pas léger, chargé. Il doit constamment être vigilant car il peut avoir tendance à vouloir donner trop de profondeur à son travail, avec le risque de le rendre un peu obscur. Cela découle de son immense exigence. Tout cela fait de lui un artiste et participe de notre complicité.
Je pense que la création d’Au bout du monde a été un moment important de notre histoire : je venais de lui demander de me rejoindre à La Maison du Conte en tant que co-directeur et je lui avais passé commande d’un récital, qui allait devenir Au bout du monde. Je crois avoir eu les mots justes pour qu’il soit en équilibre, entre homme de théâtre et conteur. Et Abbi est dans la quête constante de l’équilibre. La recherche pure peut couper du public. Or le conteur, contrairement à l’acteur, doit être à l’écoute du public : s’il ne l’écoute pas, il se trompe. Je pense que c’est impératif ; le récit va se polir au contact du public...
Une nouvelle étape du parcours : Les Portes
La première histoire de porte que je l’ai entendue raconter, c’était il y a environ trois ans, au fond du jardin de La Maison du Conte, dans le cadre d’une journée de travail sur les récits de vie. On sentait déjà que c’était une histoire importante pour lui. Et puis on se parle très souvent, donc il a dû ensuite, un jour, me dire qu’il avait envie de parler des portes.
C’est difficile de dire aujourd’hui ce que m’inspire ce projet par rapport à ce que je connais du travail d’Abbi, car nous le suivons au quotidien, nous sommes dans l’accompagnement du travail de création. Il faut être avec lui pour qu’il trouve la porte d’entrée et les portes suivantes. Chaque porte est un passage et, entre chaque porte, il y a tout un travail à accomplir. C’est certainement une belle métaphore pour évoquer le travail du conteur. En tout cas, Abbi continue à mener le même chemin de recherche sur le verbe, le mouvement, les formes esthétiques... A côté de cela, le conteur est sur son chemin de vie, son parcours personnel... Abbi suit un chemin complexe qui va le mener aux bonnes histoires, celles qui vont tout à coup ouvrir des portes chez les spectateurs...
