
Edito Paroles d'un jour, par Abbi Patrix Les complices
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Abbi Patrix a proposé à un certain nombre d’artistes de le rejoindre sur la création du spectacle Les Portes. Vous découvrirez ci-dessous les portraits de ses complices, agrémentés de courts témoignages sur leur participation au projet.
- Michel Musseau, compositeur
- Nathaël Moreau, écrivain
- Praline Gay-Para, conteuse
- Pépito Matéo, conteur
- Alexis Meier, ingénieur du son
- Silvio Crescoli, scénographe
- Sam Mary, créateur lumière
- Yves Marc, acteur du mouvement
- Frédéric Morel, costumier
- Loïc Loeiz Hamon, plasticien-photographe

Pépito Matéo fait partie de la nouvelle génération de conteurs qui, sans renier la tradition, veulent tracer leur propre chemin dans la forêt de l’imaginaire contemporain. Dans les années 80, il soutient une thèse de doctorat consacrée au conteur et au théâtre moderne, devient chargé de cours à l’Université Paris VIII et crée des spectacles de conte avec un musicien. Dans les années 90, il est présent à tous les grands "rendez-vous conte", tant en France qu’à l’étranger. Jamais avare de ses mots, il multiplie les rencontres sur la parole, les émissions de radio et publie articles et contes originaux. En 2002, il se lance dans la création de spectacles en solo : Urgence (2003), Pola (2004), puis Parloir (2006).
Avec Abbi, on se trouve parfois par hasard. Cette fois-ci, nous étions dans le train qui nous emmenait à Rennes pour le festival Mythos. On est allé boire un verre au bar et on s’est mis à parler de son travail sur les portes. Nous avons évoqué tout ce qui nous venait à l’esprit ; il voulait savoir comment je réagissais sur ce thème.
Je lui ai parlé de deux pistes d’histoires qui me trottaient dans la tête depuis un moment. La première, c’est l’histoire de quelqu’un qui arrive devant une porte. Derrière cette porte, il y a un chien qui lui fait peur. Du coup, il n’ouvre pas la porte. L’idée du chien est intéressante : il fait peur, et pourtant, on ne sait pas quelle taille il a réellement. En ouvrant la porte, on sait juste que l’on va affronter une grande peur. Et si on ne l’ouvre pas, on continue sa vie selon un principe d’évitement. Si on ne fait pas tel choix, alors qu’on le désirait, ne justifie-t-on pas les actes qui suivent par cette option évitée, par notre dérobade ? Et à la fin de sa vie, on se retrouve finalement devant ou même derrière cette porte. Si ça se trouve le chien n’était pas dangereux, alors on décide d’ouvrir la porte et, à ce moment, on peut regretter de ne pas l’avoir fait plus tôt... Ou non. A force d’avoir évité la porte, on est peut-être devenu le chien d’un autre... C’est la question du destin. Cette histoire a d’ailleurs rappelé à Abbi qu’une fois, petit, il devait aller chez le médecin, et qu’il a renoncé à cause d’un chien derrière une porte. Il m’a dit que tout cela l’intéressait et qu’il aimerait que je creuse cette idée.
L’autre piste, c’est celle de la porte magique, qu’on retrouve dans certains contes. Quelqu’un se trouve en mauvaise posture, et hop, il franchit une porte et se retrouve ailleurs. Cela rejoint la problématique du conteur, maître du temps et de l’espace, qui, uniquement avec les mots, peut tout inventer. On pourrait systématiser cette idée dans le spectacle : tout à coup, le personnage d’une histoire disparaît, on bascule dans une autre histoire, on retrouve le même personnage plus tard, ailleurs. Sans crier gare, on peut sauter d’une chose à l’autre. L’oralité est basée sur ce principe. On s’est mis à rigoler et Abbi m’a demandé de travailler sur cette idée surtout pour la fin du spectacle.
Moi, j’aime bien et Abbi et les portes. Abbi a une grande force de persuasion, une façon assez exceptionnelle d’embarquer les gens. J’ai toujours été admiratif de sa capacité à passer du quotidien le plus banal à des mondes abstraits. Et le thème qu’il a choisi est très beau : c’est quelque chose qui le touche et qui va toucher beaucoup de monde. La question de la porte, c’est un thème infini, qui parle de l’Homme, de la vie et de la mort. Et aussi de la confiance : ouvrir sa porte, faire confiance aux autres, c’est acquérir une certains confiance en soi. Elle rejoint aussi la question de l’étranger et la question de l’appartenance. Le fait d’aller vers les autres relève pour moi d’une forme d’humanité nécessaire. Et la porte pose cette question : que décidons-nous ? On ouvre sa porte à tous les vents, quitte à attraper froid ? On entrouvre, méfiant, quitte à ne pas donner envie aux autres d’entrer et à s’enfermer comme dans une tombe ?
Et puis écrire, mettre en beauté le travail d’un autre artiste, c’est s’emparer de quelque chose et le travailler à sa manière. Et comme c’est fort chez Abbi, on sent qu’on va pouvoir pousser le travail encore plus loin. Je voulais voir ce que la confrontation de nos écritures pourrait apporter au spectacle, comment je pourrais aider Abbi à coudre ses histoires ensemble. Quand je suis allé voir le Chantier à Chevilly l’autre soir, je me suis rendu compte que la plupart des conteurs ont du mal à trouver le fil conducteur de leurs créations, l’architecture qui lie les histoires, dont le conteur doit être le garant. Or, c’est la chose essentielle. Le danger, c’est de faire catalogue, de raconter les histoires les unes après les autres, comme à une veillée... Il faut une aventure qui sous-tende tout ça. Et c’est le plus difficile à trouver. D’où le questionnement sur le spectacle : qui raconte ? Comment cette personne va-t-elle relier la problématique des portes et le public ? Je pense qu’Abbi doit être au centre, qu’il va parler de lui à travers tout ça, que ce sera comme une aventure personnelle. Enfin, j’ai une réelle connivence avec La Maison du Conte : j’y travaille régulièrement depuis mes résidences de création en 1999 et 2000, et j’y suis bien...